l’attaque tragique de la flotte française

Le 3 juillet 1940, la Royal Navy attaquait la flotte française à Mers el-Kébir, près d’Oran, causant la mort de près de 1600 marins.
Le 3 juillet 1940, moins de dix jours après la signature de l’armistice franco-allemand, la flotte française au mouillage dans la rade de Mers el-Kébir, en Algérie, était la cible d’une attaque dévastatrice menée par son allié de la veille, le Royaume-Uni. Cet événement tragique, connu sous le nom d’opération « Catapulte »reste l’un des épisodes les plus douloureux et les plus controversés de la Seconde Guerre mondiale, une page d’histoire qui, selon l’amiral Marcel Gensoul, « dérange tout le monde parce que l’évènement échappe à la logique ».
Un contexte stratégique et une méfiance fatale
Après la défaite de juin 1940, la marine française, l’une des plus puissantes du monde, demeure invaincue et largement intacte. Les amiraux français, à commencer par Darlan, ont donné l’assurance formelle que la flotte ne serait jamais livrée à l’Axe. Le général de Gaulle lui-même l’affirme à Churchill le 16 juin : « La flotte ne sera jamais livrée ». Les clauses de l’armistice prévoyaient un désarmement sous contrôle, pas une livraison.
Cependant, à Londres, la crainte que l’Allemagne ne s’empare de cette force navale majeure l’emporte. Le 27 juin, Winston Churchill prend la décision, qu’il qualifiera plus tard de « plus inhumaine » de sa carrière, de neutraliser la flotte française par la force si nécessaire. L’opération « Catapulte » est lancée.
L’ultimatum et le refus de l’amiral Gensoul
Le matin du 3 juillet, une puissante escadre britannique, comprenant les cuirassés *Hood*, *Valiant*, *Resolution* et le porte-avions *Ark Royal*, se présente devant Mers el-Kébir. La flotte française, commandée par l’amiral Gensoul, y est au mouillage, en cours de démobilisation, les pièces d’artillerie en partie démontées et les équipages peu préparés à un combat.
Un ultimatum est transmis à l’amiral français : rallier la flotte britannique, appareiller pour un port américain ou se saborder dans un délai de six heures. En cas de refus, les Britanniques ouvriraient le feu. L’amiral Gensoul, considérant ces conditions comme une atteinte à l’honneur et réaffirmant que sa parole suffisait à garantir que les navires ne tomberaient jamais aux mains de l’ennemi, refuse.
« Je ne pouvais accepter un ultimatum se terminant par : “ou vous coulez vos bateaux ou je vous coule”. C’est exactement : la bourse ou la vie… quelquefois, on donne sa bourse pour sauver sa vie. Dans la Marine, nous n’avons pas cette habitude-là », affirmera-t-il plus tard.
Un bombardement d’une violence inouïe
À 16h56, l’escadre britannique ouvre le feu. Les navires français, amarrés le long de la jetée, offrent des cibles faciles. Le déluge d’obus de 380 mm est foudroyant. En quelques minutes, le cuirassé *Bretagne* explose et sombre, emportant avec lui plus de 1100 marins. Le *Dunkerque* et le *Provence* sont gravement endommagés et mis hors de combat. Le contre-torpilleur *Mogador* est éventré. Seul le croiseur de bataille *Strasbourg* et quelques contre-torpilleurs parviennent à s’échapper et à rejoindre Toulon.
Le bilan de cette première attaque est effroyable : 1380 marins sont tués. Le drame se poursuit le 6 juillet, lorsque l’aviation britannique revient bombarder le *Dunkerque*, déjà immobilisé, faisant 205 victimes supplémentaires. Au total, 1585 marins français perdent la vie sous le feu britannique.
Une blessure profonde et une mémoire controversée
L’événement provoque une onde de choc et un traumatisme durable. Lors des obsèques, l’amiral Gensoul s’adresse à ses hommes :
« Si, aujourd’hui, il y a une tache sur un pavillon, ce n’est certainement pas sur le nôtre ».
À Londres, la réaction du général de Gaulle sur les ondes de la BBC le 8 juillet est perçue comme une contrevérité par beaucoup, justifiant l’attaque sans un mot pour les victimes.
« J’aime mieux savoir que le “Dunkerque” notre beau, notre cher, notre puissant “Dunkerque” échoué devant Mers El-Kébir, que de le voir un jour, monté par les Allemands, bombarder les ports anglais, ou bien Alger, Casablanca, Dakar », déclara-t-il.
Cet événement a durablement marqué les relations franco-britanniques et a pesé sur l’attitude de l’Afrique du Nord française, renforçant sa loyauté envers le maréchal Pétain. Le souvenir de Mers el-Kébir reste une blessure vive dans la mémoire de la Marine nationale. La profanation en 2005 du cimetière où reposent les marins a ravivé la douleur de ce que beaucoup considèrent, selon la formule de Talleyrand, comme « pire qu’un crime, une faute ».
Une vidéo sur le cimetière de Mers el-Kébir est accessible sur Dailymotion (
via Presse Agence.
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